La montée du vote en faveur du Rassemblement National (RN) en France, à été soumis à des explications multiples, parfois polémiques, sur ce phénomène électoral. Mais , finalement , n’aurait t’il pas un caractère « obligatoire » pour les électeurs souhaitant sanctionner les partis traditionnels. Cette thèse soulève une question juridique essentielle : les contraintes institutionnelles et le mode de scrutin français limitent-ils réellement le choix des électeurs au point d’orienter mécaniquement leur vote vers une alternative populiste ?
Il nous apparaît que le cadre juridique du vote, notamment les règles sur le vote blanc et nul, peut limiter les options électorales et influencer la montée du RN. Puis, dans une seconde partie, nous analyserons le rôle des partis traditionnels et des dynamiques institutionnelles dans la structuration du choix électoral, interrogeant ainsi la responsabilité du système dans cette évolution politique.
I. Un cadre juridique du vote qui limite les alternatives électorales
Les règles encadrant le vote en France ne laissent pas toujours une place équitable à toutes les formes d’expression électorale. En effet, le système actuel impose de choisir un candidat pour que le vote soit comptabilisé, excluant ainsi toute possibilité institutionnelle de rejeter l’ensemble de l’offre politique. D’une part, l’absence de reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé prive les électeurs d’un véritable moyen de contestation institutionnelle (A). D’autre part, cette contrainte pousse mécaniquement les électeurs en rupture avec les partis traditionnels vers l’un des seuls partis n’ayant jamais exercé le pouvoir : le Rassemblement National (B).
A) L’absence de reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé
Le droit électoral français ne reconnaît pas le vote blanc comme un suffrage exprimé, ce qui signifie que les électeurs souhaitant manifester leur rejet de toutes les options en lice ne sont pas comptabilisés dans les résultats finaux. Cette absence de prise en compte institutionnelle crée un biais structurel : un électeur qui voudrait sanctionner l’ensemble de l’offre politique ne peut pas le faire autrement qu’en s’abstenant ou en votant pour un parti qui, de fait, n’a jamais été au pouvoir, comme le RN. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir demandé. Le débat à enfin été pris au sérieux suite à la création du Parti de vote blanc. Mais bien entendu c’était pour nous expliquer comment et pourquoi c’était impossible. Voir même nous menacer de rendre le vote obligatoire…
B) L’obligation de voter pour un candidat et l’effet mécanique sur le RN
On a bien souligner que le système électoral français impose de voter pour un candidat précis afin d’être comptabilisé. Or, dans un contexte où les partis traditionnels sont perçus comme responsables des échecs politiques passés, voir même qu’ils nous ont montré que notre vote ne les intéressait pas si il n’allait pas dans leur sens (réferendum européen de 2005). Les électeurs déçus se trouvent mécaniquement orientés vers une alternative contestataire. Cette contrainte institutionnelle peut expliquer en partie la progression du RN, qui bénéficie d’un effet de « dernier recours » dans un système où il n’existe pas de vote permettant de choisir aucune des personnes en lice. Cette alternative étant regardé comme, au mieux , utopique et au pire comme infantile.
II. La responsabilité des partis traditionnels et des dynamiques institutionnelles dans l’orientation du vote
Au-delà des contraintes juridiques liées au vote, la progression du Rassemblement National s’explique également par l’affaiblissement des partis traditionnels et par les dynamiques institutionnelles qui encadrent la compétition électorale. D’une part, l’usure des partis de gouvernement, marquée par des décennies de promesses non tenues et de crises de confiance, a conduit une partie de l’électorat à se tourner vers une alternative perçue comme « hors système » (A). D’autre part, le mode de scrutin et la structuration du paysage politique verrouillent l’émergence d’autres forces capables de capter ce mécontentement, laissant ainsi au RN un rôle de réceptacle quasi exclusif du vote protestataire (B).
A) L’usure des partis classiques et la captation du mécontentement par le RN
Depuis plusieurs décennies, les partis de gouvernement, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont généré de la déception chez les électeurs. Cette perte de confiance, associée à l’absence d’alternatives crédibles, pousse les citoyens à rechercher une autre forme d’expression politique. Le RN, en se positionnant comme un parti n’ayant jamais exercé le pouvoir, capte mécaniquement cet électorat en rupture. Et ils savent bien ce qu’ils font, car bien conscient eux aussi qu’un choix, quel qu’il soit, est imposé. Les partis n’ont plus les actes de leur philosophie politique. La droite est trop sociale, la gauche devient trop libérale, voir autoritaire selon les situations. Le personnel politique nous prouve tout au long des « affaires » que la confiance que nous pouvons leur porter est loin d’être justifié. N’est t’il donc pas logique que l’électorat souhaite se détourner de ces acteurs de la vie publique en place depuis plusieurs décennies?
B) Un système qui verrouille les alternatives hors RN
Le mode de scrutin majoritaire, limitent l’émergence de nouvelles forces politiques capables de concurrencer les partis traditionnels et le RN. De plus, le rejet des votes blancs et nuls dans le calcul des suffrages exprimés empêche une remise en question du système par des moyens institutionnels. Ainsi, l’alternative RN devient la seule option visible pour ceux qui veulent exprimer un rejet du système en place.
Cela met en évidence les contraintes institutionnelles qui, sans imposer un choix unique, limitent les possibilités d’expression des électeurs. L’absence de reconnaissance du vote blanc et le mode de scrutin majoritaire créent un effet mécanique en faveur du RN pour ceux qui souhaitent sanctionner les partis traditionnels. Le système électoral français, loin d’être neutre, participe donc indirectement à la montée de ce parti.