Les chercheurs se sont rendu compte que l’effet des médias sur nous n’était pas aussi simple à comprendre que le résultat d’un stimulus engendrant une réaction immédiate, tel que la piqûre d’une seringue hypodermique. Et ce, même si, encore aujourd’hui, la manipulation par l’émotion dans certains médias est régulièrement mise en œuvre avec des motivations aussi diverses que variées. Il n’en demeure pas moins que, pour un usage plus conventionnel des médias, on a pu observer une distorsion du message lorsqu’il est interprété par le récepteur, allant de l’acceptation du message – mais pour des raisons non envisagées – jusqu’à la réinterprétation complète du message, induisant des effets totalement inattendus.
Le spectre de la réinterprétation est large et ne pourra bien évidemment pas être étudié ici dans son entier. C’est pourquoi nous nous intéresserons à ce cas précis de l’interprétation qu’a faite Aline Laurent-Mayard – une journaliste féministe, militante pour l’éducation non genrée – du choix de Timothée Chalamet pour tenir le rôle de Paul Atréides, rôle principal du film Dune, sorti en 2021 et réalisé par Denis Villeneuve. Ce film est une adaptation du livre à succès mondial de Frank Herbert, paru aux États-Unis en 1965.
Il s’avère que cette journaliste voit dans le choix de Timothée Chalamet pour tenir le rôle central d’une œuvre de science-fiction, dont le contexte est une lutte acharnée de pouvoir et de guerre latente, l’expression de la fin de la représentation au cinéma de la masculinité jugée toxique aujourd’hui. Ce cas de figure illustre particulièrement bien la lecture culturelle croisée très personnelle que cette journaliste militante a faite du casting de Dune. Même si, superficiellement et par pur hasard du calendrier, la théorie qu’elle a établie à partir de ce casting pourrait sembler cohérente. De fait, le choix des acteurs est largement justifié par l’œuvre originale de Frank Herbert, par la description des personnages qu’il fait dans son livre. Et dès lors, la preuve de l’abandon de cette masculinité toxique qu’elle voit incarnée en Timothée Chalamet ne tient, bien évidemment, plus du tout.
Il conviendra donc de commencer par poser le contexte théorique de l’effet des médias, depuis les théories fonctionnalistes jusqu’au courant des Usages et Gratifications (I), pour pouvoir analyser le postulat du livre d’Aline Laurent-Mayard « Libéré de la masculinité : Comment Timothée Chalamet m’a fait croire à l’homme nouveau » (II).


Aline Laurent-Mayard
I) Contexte historique de l’émergence du courant de pensée des Usages et Gratifications
Depuis le début du XXe siècle et jusqu’aux années 1980, le schéma stimulus/réaction était largement privilégié par les Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) pour tenter de comprendre les médias, considérés alors comme de redoutables outils de manipulation.
Ces théories dites fonctionnalistes se basent sur des effets directs des médias sur les individus (A). Mais arriveront les théories des effets limités des médias, qui vont relativiser ces a priori grâce au courant des « Usages et gratifications » et à certains concepts comme le flux de la communication à deux étages, et surtout le codage/décodage du message médiatique (B).
A) L’ancien schéma stimulus/réponse de la « seringue hypodermique »
Ayant fait ses preuves sur le terrain durant la Première Guerre mondiale, l’effet direct des médias a été mis en exergue et largement utilisé via la propagande.
Que ce soit par de la propagande interne pour mobiliser le sentiment patriotique, aussi bien chez les civils que chez les militaires, ou par de la propagande externe pour insuffler la crainte dans l’esprit des troupes adverses, les méthodes ont été multiples.
On peut citer notamment l’affiche « Pour la France, versez votre or » (1915). Cette affiche, dessinée par Abel Faivre, utilisait des symboles patriotiques pour encourager les Français à donner leur or afin de soutenir l’effort de guerre. Elle représentait un soldat allemand terrassé par une pièce d’or française. Au niveau de la propagande externe, on peut citer un tract français adressé aux soldats allemands, les exhortant à se rendre et les informant du bon traitement réservé aux prisonniers de guerre. Ces tracts faisaient partie d’une stratégie plus large de propagande aérienne française pendant la Première Guerre mondiale. Le Service de Propagande Aérienne (SPA), créé en août 1915 au sein du Deuxième Bureau (service de renseignement de l’armée française), était chargé de rédiger des tracts en allemand destinés aux soldats ennemis. L’objectif de ces tracts était de démoraliser les soldats ennemis et de les inciter à désobéir, à déserter et à se révolter.


C’est donc dans ce contexte que le politologue américain Harold Dwight Lasswell publie en 1927 « Propaganda Technique in the World War », qui fonde ce qui sera plus tard appelé la recherche sur les communications de masse.
En France, on se réfère à l’œuvre de Serge Tchakhotine intitulée « Le Viol des foules par la propagande politique ». Ce livre est censuré en 1939 en France, détruit en 1940 par les Allemands, et finalement réédité dans les années 1950. Il développe l’idée que les masses sont psychiquement manipulées par des discours et des symboles qui agissent sur elles de façon systématique, ce que Lasswell appellera the hypodermic needle.
Partant de là, l’effet des médias sur le public est reconnu et considéré en tant que tel et, bien entendu, très largement exploité. Mais, chemin faisant, on a pu remarquer que les choses pouvaient être un peu plus complexes que cela.


Dwight Lasswell
B) L’effet limité des médias par la lecture négociée
Avec le développement des sciences de la communication, les chercheurs Elihu Katz et Tamar Liebes ont publié en 1990 The Export of Meaning: Cross-Cultural Readings of “Dallas”.
Dans cette étude, ils mettent en lumière les différences d’interprétation de la série Dallas selon les spectateurs, en fonction de leurs origines, de leurs religions, de leurs ethnies et donc de leurs cultures. La conclusion des chercheurs est que chaque communauté culturelle possède ses propres filtres d’interprétation et donne une lecture différente des épisodes de Dallas. En outre, Katz et Liebes montrent qu’aucun programme de télévision n’arrive à imposer un sens univoque aux téléspectateurs. Le sens est le résultat d’un processus de négociation entre l’émetteur et le récepteur du message.
On a appelé ce courant de pensée les Usages et Gratifications : l’usage que le récepteur fait des médias et les gratifications qu’il en tire.


Elihu Katz Tamar Liebes
En tout état de cause, en ce qui concerne le cas d’espèce qui va nous intéresser, il y a une composante importante du courant des Usages et Gratifications qui guidera notre analyse. C’est la mise en exergue de la lecture négociée : les sens et les effets des messages naissent de l’interaction entre les messages et les rôles des récepteurs.
Les Usages et Gratifications font partie des théories des effets limités des médias. L’influence des médias est limitée par la sélectivité des récepteurs, qui reçoivent et décodent un message d’une manière qui n’est pas imposée par le média, mais qui est liée à leur profil sociologique. Ce processus est bien loin d’être aussi immédiat qu’on a pu le penser par le passé.
Il est aussi important de noter que le mouvement des Cultural Studies (sciences de la communication en Grande-Bretagne) a, lui aussi, mis en évidence le rôle social du récepteur dans l’interprétation du message. En effet, Stuart Hall (1932-2014), un théoricien originaire de Jamaïque, a établi le cycle du codage/décodage du message, identifiant dès lors trois niveaux de décodage : le décodage dominant, le décodage négocié et celui qui va nous intéresser, le décodage oppositionnel.
Dans ce dernier, le récepteur ne garde pas du tout la signification initiale voulue par l’émetteur. Il le fait sous l’influence de son cadre sociologique, amplifié, dans notre cas d’espèce, par la mission militante que se donne notre sujet. Cette nouvelle interprétation devient un nouvel argument dans la lutte idéologique et constitue la gratification fondamentale du mouvement des Usages et Gratifications.
Le cadre théorique étant posé, examinons maintenant quel est le résultat du décodage oppositionnel qu’a fait Aline Laurent-Mayard de la présence de Timothée Chalamet dans un film de science-fiction au contexte guerrier, et pour cette raison, qu’elle qualifie de masculiniste.
II) Illustration et questionnement de la problématique à la lumière du livre Libéré de la masculinité : Comment Timothée Chalamet m’a fait croire à l’homme nouveau
La situation qui va nous intéresser concerne cette journaliste et auteure féministe militante, Aline Laurent-Mayard.
Il est totalement indispensable de parler de ses luttes, somme toute fort légitimes, pour comprendre le décodage qu’elle a effectué en voyant Timothée Chalamet dans Dune, aboutissant finalement à l’écriture de son livre (A). Puis, nous nous référerons à l’œuvre originale de Frank Herbert pour établir en quoi ce décodage est un décodage oppositionnel, tel que défini par Stuart Hall (B).
A) Des fictions dites masculinistes des années 1980 au DUNE de 2021.
1) Éléments de la masculinité toxique dans les œuvres de fiction
La journaliste/auteure Aline Laurent-Mayard s’est largement exprimée sur le rôle des films des années 80/90 dans la construction masculiniste et donc patriarcale de l’image de l’homme dans la société. En effet, nous dit-elle, dès qu’un homme est mis en scène, il ne pleure pas : cela est complètement interdit aux hommes. Il ne montre jamais de sentiments, car cela est signe de faiblesse. Il se doit de protéger femmes et enfants et donc d’incarner la force et la sécurité. Éléments qui, par voie de conséquence, sont considérés à l’époque comme totalement incompatibles avec l’expression des sentiments. Dans la conception masculiniste, laisser exprimer ses sentiments peut carrément porter atteinte à la sécurité de l’homme et de sa famille. Il ne doit jamais hésiter à recourir à la violence, que ce soit contre un agresseur pour protéger sa famille ou sa patrie, ou contre lui-même par l’adoption de comportements autodestructeurs tels que l’alcool ou la vitesse. Comportements autodestructeurs encouragés par les médias de masse, car ils propagent l’idée que ce sont des signes de virilité.
Elle souligne aussi que, dans tous les films américains, dès qu’il s’agit de sauver une vie, une ville, voire même – ça arrive souvent – le monde, les réalisateurs de films ont systématiquement recours à un sauveur ultra-stéréotypé. Avec, bien évidemment, tous les codes comportementaux cités plus haut, mais aussi stéréotypé physiquement : tout le temps costaud, mâchoire carrée, représentant, comme elle le dit, « la masculinité bien comme il faut ». Le paroxysme de toute cette imagerie masculiniste ayant été atteint à l’arrivée au grand écran des bodybuilders. Non seulement l’homme était formaté dans son comportement, dans ses émotions, mais maintenant il l’est aussi dans son physique. Désormais, le masculin a de gros bras et des abdos saillants. Constat qui pourrait somme toute être tempéré par l’imagerie propagandiste communiste de l’ex-URSS mettant en scène des hommes musclés pour défendre la patrie. Dès lors, Hollywood ne tiendrait pas le monopole de cette représentation du masculin, son voisin de l’Est l’ayant exploitée bien avant les films d’action américains. Par tous ces éléments et les conséquences qu’ils ont sur la société, Aline Laurent-Mayard qualifie cette représentation de la masculinité comme étant toxique.
2) Conséquences de la masculinité toxique.
Toxique, donc, dans le sens le plus littéral qui soit. Qui nuit donc à la santé. Et à la santé sous toutes ses formes : la santé mentale, la santé physique. On peut aussi parler de santé économique, car d’aucuns, aujourd’hui, posent la question du coût de la masculinité toxique sur la société et dans les comptes publics. En termes de santé mentale, les féministes comme Aline considèrent que cela nuit aux hommes par l’effet de la répression des émotions, déjà évoquée, ce qui pousse les hommes à refouler leurs émotions, augmentant ainsi les risques de dépression et d’anxiété. Toxique par la pression à la performance : l’injonction à être fort, dominant et à réussir socialement et économiquement crée un stress constant, pouvant mener à des burn-out et un mal-être profond. Toxique par le refus de demander de l’aide : la peur d’être perçu comme « faible » ou « pas assez viril » dissuade certains hommes de consulter un psychologue ou de parler de leurs souffrances, ce qui peut aggraver des troubles mentaux non traités.
La masculinité toxique ne pèse pas seulement sur les hommes, elle influence aussi négativement la santé mentale des femmes et des minorités. Par, entre autres choses, la culture du silence : la minimisation des violences sexuelles et sexistes peut être source de traumatismes non reconnus et non pris en charge chez les victimes. Par une charge mentale accrue : le fait que les émotions soient socialement « réservées » aux femmes leur impose souvent de jouer un rôle de soutien émotionnel pour les hommes de leur entourage, parfois au détriment total de leur propre bien-être. Et enfin par la discrimination : la pression des rôles de genre rigidifie la société, limitant les choix et l’épanouissement personnel de chacun. Le tableau n’est donc franchement pas reluisant.
3) Le choix de l’éducation non genrée
C’est donc dans ce contexte extrêmement néfaste pour tous et où émergeait aussi la reconnaissance de la dysphorie de genre, qu’Aline Laurent-Mayard décide, un peu comme « dans ces années un peu folles où les papas n’étaient plus à la mode », de faire un bébé toute seule. En qualité d’activiste, elle souhaite s’attaquer à tous ces problèmes à la racine. Pour cela, elle est donc fermement décidée à ne reproduire aucun des schémas éducatifs qui renforcent tous les jours les constructions patriarcales de la société, au premier rang desquels la masculinité toxique. Pour ce faire, elle mise tout sur l’éducation non genrée. Le principe en est somme toute extrêmement simple : ne jamais définir son enfant en fonction de son sexe. Son prénom est unisexe : Jo. Aline s’interdit de l’appeler lui ou elle, on ne saura d’ailleurs jamais si c’est un garçon ou une fille et c’est bien ce qu’elle veut. Ceci afin de laisser à l’enfant le soin de définir seul le genre qui est le sien. Mais surtout de ne lui fermer aucune porte en raison du « genre » de certaines activités. Aline ne veut pas éloigner Jo des sciences ou des mathématiques au prétexte ridicule que les sciences sont des disciplines de garçons et « c’est pas pour les filles », et on ne peut que la comprendre. Ou, à l’inverse, l’éloigner de la littérature au prétexte que c’est une discipline féminine, l’est tout autant. Bien évidemment, elle applique ce raisonnement à tout : l’orientation scolaire, mais aussi les loisirs et le sport. Il est hors de question pour Aline de favoriser le football parce que Jo serait un garçon ou la gymnastique parce qu’il serait une fille. Bref, rendre Jo libre de choisir ce qu’il veut réellement dans n’importe quel domaine en étant sûr que c’est un véritable choix et non pas la résultante des limitations des constructions sociales genrées. Et non seulement le rendre libre et heureux dans ses choix, mais par la même occasion en finir avec la masculinité toxique qui ne trouvera aucun levier d’influence sur sa vie par cette éducation non genrée.
C’est à ce stade des événements que sort au cinéma en France, en septembre 2021, le film DUNE de Denis Villeneuve.
4) DUNE et la révélation Chalamet
Pour Aline, le monde de la science-fiction est exclusivement masculin. C’est un monde composé de ce genre de « geek » qu’on est censé retrouver dans les milieux de l’informatique, le stéréotype du binoclard boutonneux en somme. Dans ces communautés « SciFi », d’après Aline, tout est organisé loin des femmes et parfois même contre elles, pour les empêcher d’accéder à ces communautés. Ce qui fait dire à Aline que non seulement ces communautés sont exclusivement masculines, mais aussi masculinistes. Théorie qui trouve des éléments de confirmation dans les thèmes traités par la SF. À savoir principalement la technologie dans des mondes futuristes plus ou moins lointains. Mais aussi, et très régulièrement : la guerre avec ces technos du futur. Dans ce monde qu’elle a catalogué comme masculiniste, il est normal de mettre en scène des personnes typées masculinité toxique.
Et c’est là que l’impensable arriva.
Dans sa version de DUNE, le réalisateur canadien Denis Villeneuve recrute, pour le rôle principal : Timothée Chalamet.


Denis Villeneuve
Cette acteur est plutôt petit, maigre, cheveux longs avec un visage androgyne. Il porte des bijoux et de la haute couture unisexe, il n’hésite pas à casser les codes. En clair, l’antithèse parfaite du héros de science-fiction. Pour tout cela, Aline conclut que le masculinisme est en perte de vitesse. Les clichés masculinistes s’essoufflent au profit d’hommes nouveaux. Elle en a fait un livre : « Libéré de la masculinité : Comment Timothée Chalamet m’a fait croire à l’homme nouveau ». Dans lequel elle raconte comment Chalamet est venu casser les codes masculinistes de la SciFi, donner de la visibilité à ce nouveau type d’homme et commencer à contribuer à créer ainsi des sociétés non patriarcales et plus égalitaires.
C’est donc ainsi qu’Aline interprète à sa façon et sous l’influence de ses propres luttes et des missions qu’elle se donne vis-à-vis de la société, le choix de cet homme nouveau pour tenir un rôle masculiniste classique.
Nous allons maintenant nous atteler à comprendre pourquoi ce décodage est oppositionnel.
B) L’univers de DUNE et le personnage de Paul Atréides
1) L’œuvre de SF la plus célèbre du monde.
Bien des classements donnent le DUNE de Frank Herbert comme étant le livre de science-fiction le plus célèbre de tous les temps, et ce sans oublier de considérer Jules Verne, connu mondialement depuis « Cinq semaines en ballon » paru en 1863 ! C’est tout dire. On le trouve en première place juste devant « 1984 » de George Orwell (1949) et la série des « Fondation » d’Isaac Asimov (1951).



Jules Verne George Orwell Isaac Asimov
Asimov, aussi célèbre pour son « Cycle des Robots », la série qui posa toute la fantasmagorie autour d’un monde où l’intelligence artificielle (le cerveau positronique) vit au milieu des hommes et où a eu lieu l’éveil des consciences des machines. Tous les fantasmes qui entourent encore aujourd’hui l’IA sont peu ou prou issus du Cycle des Robots.


Frank Herbert
Malgré tous ces écrivains au combien talentueux et visionnaire, c’est tout de même DUNE qui détient cette fameuse première place. Il y a quelque chose qu’il faut comprendre au sujet de DUNE, c’est que contrairement a «1984» ou «2001 Odysée de l’espace», c’est une saga en six tomes. Même si toutes les adaptations cinématographique n’ont jamais concerné que le premier, c’est bien le « Cycle de DUNE » qui en à assurer son succès, chaque tome relançant les précédents à leur sortie. Assurant une constance à un univers passionnant et terriblement complexe, comme ont souvent eu à le dire les critiques en le comparant à « Guerre et Paix » de Tolstoï ou «Le rouge et le Noir» de Stendhal. Témoignant ainsi du dépassement de DUNE du simple cadre de la science-fiction et l’inscrit dans une tradition littéraire plus large. On ne va pas se mentir, à ses débuts, hors mis Jules Verne, le récit fantastique sous toutes ses formes à longtemps été le théâtre d’ouvrages de piètre qualité tant du point de vue stylistique que scénaristique. «Dix train de losers pour un Rockfeller» comme disait le poète. Mais de ce fait comment en sommes nous arrivé à comparer des histoires de guerre dans les étoiles à coup de rayons laser et «Le rouge et le Noir»?
2) Franck Herbert : le réalisme du récit.
La compétence requiert de l’entraînement. Une formation de base de qualité aide à bien démarrer, mais sans travail, même un docteur en littérature ne produira pas un bon roman. D’ailleurs, être docteur en lettres ne signifie pas que l’on sait écrire des histoires.
Frank Herbert (1920-1986), né à Tacoma, Washington, à débuter sa carrière en tant que journaliste. C’est donc très loin des mondes parallèles et autre robots vivants que Frank affûtât sa plume notamment pour le Seattle Post-Intelligencer, le San Francisco Examiner et l’Oregon Statesman-Journal. Et pourtant, la puissance du hasard étant incommensurable, c’est en réalisant un reportage sur la stabilisation des dunes de sable en Oregon (They Stopped the Moving Sands, 1957) qu’il a eu l’idée du roman. Ajouter à cela la sortie de «Lawrence d’Arabie» (1962), film culte ayant eu une influence majeur sur plusieurs générations de créateurs de génie. Ce film épique retrace la vie de Lawrence durant la révolte arabe contre l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. Glorification du désert, stratégie politique, technique de guérilla en milieu hostile, tout y était pour créer un cadre étrangement réaliste à l’histoire de DUNE. Frank n’avait plus qu’a se laisser porter par sa créativité. Frank pu aussi initier sa plume à la politique lorsqu’il écrit des discours politiques, notamment en tant que consultant et rédacteur. L’une des figures les plus notables pour lesquelles il a travaillé est le sénateur américain Guy Cordon, un républicain de l’Oregon. C’est donc for d’une expérience de rédacteur dans la politique, l’écologie, la société que Franck à pu créer l’histoire de cette empire inter-galactique où font rage tous les jours les luttes de pouvoir, les complots et les attentats politiques. La cohérence du scenario, sa portée philosophique et le réalisme des personnes par leurs descriptions, font oublier que l’on est dans une œuvre de science fiction qui se situe en l’an 11000 et où les vaisseaux spatiaux plient l’espace et le temps pour voyager dans l’univers. Et c’est bien ce qui a contribué au succès mondiale de DUNE et à son dépassement de la sphère «SciFi».
3) La description de Paul Atréide et le décodage oppositionnel d’Aline
C’est porté par le réalisme d’une œuvre majeur, dans laquelle s’entre mêle moult message politique, philosophique et sociétaux lié, entre autre, à autodétermination des peuples ou à l’écologie, que Aline Laurent-Mayard s’est persuadé d’avoir identifié un message dénonçant la masculinité toxique. Malgré un certain nombre de point de vue novateur, il ne faut pas oublié que Franck Herbert est un américain né en 1920. Aujourd’hui la mouvement Black Live Matter dirait un « sis blanc hétéro-normé ». Concernant l’orientation sexuel et encore plus l’expression de genre, Frank n’a pas caché de message révolutionnaire dans DUNE. Bien au contraire. Ayant eu un fils homosexuel avec qui il n’a pas gardé de bonnes relations. Il incarne l’homosexualité dans le mal absolu du personnage du Baron Harkonnen. Mais la description de l’homosexualité du Baron, ouvertement entaché de pédophilie ferait scandale aujourd’hui. C’est très certainement pour ça que le réalisateur, Denis Villeneuve, n’a absolument rien gardé de cela dans son film de 2021 qui pourtant est l’œuvre cinématographique la plus proche du livre car l’œuvre d’un passionné. Comme l’a déclaré le compositeur Hans Zimmer en parlant de Denis : « He read the book ». En terme de modernisation des personnages, Denis à aussi attribué le rôle du Docteur Liet Kynes (l’écologiste de l’Empereur) à une femme. Le rôle étant bien masculin dans le livre. Ce sont les deux seules modifications notable lié à l‘orientation sexuelle et au genre des personnages que l’on trouvera dans le film de Villeneuve. Ce qui nous emmène donc à Paul Atréides.
C’est le rôle de Timothée Chalamet et celui par lequel Aline voit une remise en question de la masculinité toxique eu égard au physique de Chalamet.
Paul, dans l’histoire, est le fils du Duc Leto de la maison des Atréides. Et comme dans tout bon système monarchique, il sera donc appelé à succéder à son père à la tête du duché. Sa mère, Jessica, est une sœur de la maison du Bene Gesserit. C’est un ordre religieux qui forme exclusivement des femmes à des techniques de guérilla et de manipulation psychique. Opérant de la sélection génétique en mettant en couple les sœurs avec les puissants de ce monde dans le but d’obtenir un être psychiquement sur puissant en s’assurant que soit une femme. Dans ce contexte mystico-génétique, les sœurs ont bon nombre de rituels tout au long de la vie. Dont un nommé le « Gom Jabbar ». Le principe est extrêmement simple : le sujet (l’enfant d’une sœur qui doit être obligatoirement une fille selon la tradition Bene Gesserit) met la main dans une boite dans laquelle elle ressentira des douleurs inimaginables. Sur son cou se pose le Gom Jabbar, aiguille imprégné d’un poison fulgurant. Si la fille bouge durant le supplice, elle meurt. En tant qu’enfant d’une sœur Bene Gesserit, Paul est soumis au Gom Jabbar. Et c’est après ce test mortel, qu’il a bien évidemment réussit, dans la discussion entre Jessica et la révérende mère qui a officié le test, que l’on a la description de Paul Atréides :
– « N’est-il pas bien petit pour son âge Jessica ? »
La voix sifflée vibrait comme une balisette mal accordée et la douce voix de contralto de la mère de Paul répondit :
– « Il est bien connu que chez les Atréïdes la croissance est tardive Votre Révérence ».
-«On le dit, on le dit» chuchota la vieille, «pourtant il a 15 ans».
Paul Atréides est donc un adolescent de 15 ans avec un retard de croissance. C’est pour cela que Timothée Chalamet à été choisit pour campé ce rôle, car il a le physique et le visage d’un ado de 15 ans.
Conclusion
L’immensité de DUNE qui poussa sa notoriété au-delà des limites de la SF ; sa très grande complexité qui encapsula tant de dilemme philosophique et politique a très probablement laissé certains y rechercher des innovations en terme de faits sociaux. Loin des facilités intellectuelles entourant « le héro » de l’histoire, Frank n’hésite pas à faire de ce sauveur d’apparence le tyran qu’il est destiné à devenir. Et c’est ce qui hante Paul durant toute ce premier tome : les guerres quasi religieuses qu’il devra mener pour libérer les Fremens, peuple originel de Dune, qui regarde impuissant leur planète de plus en plus dévaster par l’empire pour l’exploitation de l’épice qu’elle produit. Une œuvre si peu conventionnel où rien ne se passe comme dans l’idéal américain du bien contre le mal, alors peut être que des choses encore plus profondes s’y cachaient ? C’est ce qu’a cru voir Aline Laurent-Mayard dans le personnage de Paul Atréide. Enfin le sauveur (qu’il n’est pas, les tomes suivant « Le messie de Dune » et « l’empreur dieu de Dune » nous le prouvent) n’avait rien des attributs de masculinité toxique auxquels elle était habitué de la part d’un sauveur de l’humanité à l’américaine. Mais cela est tout bonnement dû à l’âge du personne à ce moment là de l’histoire. On assiste bien là à un décodage oppositionnel tel que défini par Stuart Hall. Le rôle militant d’Alice est le levier sociologique de ce décodage comme l’a établit le courant des Usages et Gratification notamment au travers de l’étude : «The Export of Meaning: Cross-Cultural Readings of “Dallas”». La gratification qu’elle en tire en une confirmation biaisée des biens faits du combat qu’elle mène jusque dans l’éducation de son enfant.